STAGE n°4 : LA NEUROLOGIE

Mon 4ème stage de mes études de médecine s’est déroulé en neurologie. Il s’agissait de mon 1er stage de D1.
Cette année de D1, j’ai eu beaucoup plus de chance. En effet, mes notes de P2 m’ont permis d’être bien classée dans ma promotion (7ème/356) j’ai donc eu la chance d’avoir tous les choix possibles concernant les stages.
Le premier stage était pour moi un stage de Médecine (rappel : en D1 nous devons faire 2 stages dans un service de médecine, 2 stages en « laboratoire », 1 stage en radiologie) et j’ai choisi la neurologie tout d’abord parce qu’on étudiait la neurologie lors du premier semestre de D1 et je trouvais les cours théoriques assez compliqués, et ensuite, parce que c’est une des spécialités prisées des ECNi et je voulais savoir comment cela se passait.


Pour ce stage, nous étions 5 étudiants, répartis dans plusieurs unités. J’ai trouvé ça bien qu’on soit réparti, au moins, on n’était pas trop au même endroit, ce qui nous laissait faire/voir plus de choses. Pour ma part, je suis allée dans l’unité des urgences neurovasculaires (UNV), on était 2 étudiantes en D1 dans cette unité. Dans cette unité, on y hospitalise et soigne les patients atteints d’AVC principalement.

Cette unité était divisée en 3 secteurs :

  • Le chaud : les soins intensifs. On y trouve les patients dans un état grave, qui nécessitent une surveillance rapprochée. Les patients étaient dans une chambre simple.
  • Le tiède : surveillance importante. Dans ce secteur, les patients sont conscients, dans une chambre double, et dans un meilleur état général que dans le secteur chaud. Cependant, ils nécessitent une surveillance plus importante que les patients du secteur froid.
  • Le froid : hospitalisation conventionnelle. Ici, les patients ne sont plus en danger de mort, ils nécessitent une surveillance légèrement moins rapprochée.

Des fois, les patients ont connu tous les secteurs : ils arrivent au chaud, quand ça va mieux ils passent au tiède, et ensuite au froid. Et dans d’autres situations, les patients sont directement dans le secteur froid car leur AVC n’a pas engagé leur pronostic vital, ou n’a pas engendré de séquelles trop importantes, ou le patient n’a pas de comorbidité faisant qu’il nécessite une surveillance rapprochée…

Pendant ces 5 semaines de stage, je suis restée dans le secteur froid.

Les premiers jours, j’étais un peu perdue. J’avais du mal à comprendre comment fonctionnait le service avec toutes ces unités, et tous ces secteurs. L’interne en neurologie a été absolument génial. C’était sa première année d’internat, il était donc arrivé dans ce service en même temps que nous et pourtant j’avais l’impression que cela faisait des années qu’il était neurologue. Il était très calé, intelligent, présent et aux petits soins pour les patients. C’était vraiment génial d’avoir un interne qui prenait le temps de nous expliquer les choses, de répondre à nos questions, de nous faire participer à la prise en charge des patients. Il adorait sa spécialité mais il aimait aussi nous encadrer et ça c’était top.

Dans le secteur froid, il y avait aussi 2 externes de D2 (4ème année). Ils étaient absolument géniaux. Les premiers jours, c’était deux garçons. Nous sommes donc restés près d’eux, en les suivant, pour s’imprégner du service, et de la neurologie. Ils nous ont expliqué ce qu’ils faisaient tous les jours. L’externe avec qui je restais m’a emmené avec lui voir ses patients, il m’a expliqué comment on faisait un examen clinique en neurologie, plus spécialement pour les patients qui ont eu un AVC. Il m’a fait des rappels sur les paires crâniennes et comment les tester. Il m’a appris à me servir de mon marteau réflexe. Il m’a aussi raconté l’histoire des patients, ce qui leur était arrivé, leurs antécédents. Il m’a montré les dossiers médicaux des patients pour que je comprenne comment la prise en charge neurologique avait été faite. En quelques jours, j’avais déjà appris beaucoup de choses. Plus les jours passaient, plus je me sentais en confiance. J’étais impressionnée de voir comment le corps réagit lorsqu’une certaine zone du cerveau est touchée (défaut de vascularisation) : certains patients ne pouvaient plus parler, certains ne pouvait plus bouger certaines parties de leur corps, d’autres c’était leur visage qui était paralysé ou seulement une partie et tous les signes pouvaient s’associer. Quand le cervelet est atteint, on peut voir des défauts de coordination des gestes, une perte d’équilibre. On a appris comment détecter quelle zone était touchée en fonction de chaque signe relevé sur le patient (Signes de Romberg positif ou négatif, signes de Claude Bernard Horner…). Cela permettait de mieux retenir l’anatomie et la physiologie que de savoir ce qui est aboli ou modifié quand une certaine partie du cerveau ou du cervelet est atteinte. J’étais aussi impressionnée de voir des patients qui avaient le même âge que moi…

La fin de la 2ème semaine de stage arrive, et les deux externes que nous avions appris à connaitre devaient changer de service (cela faisait déjà un moment qu’ils étaient en neurologie quand nous sommes arrivées en novembre). Qui dit fin de stage pendant l’externat, dit : clinique. J’ai ainsi appris pendant ce stage ce qu’était une clinique. En fait, dans certains stages pendant l’externat, les étudiants doivent faire ce qu’on appelle leur clinique. C’est-à-dire qu’un médecin du service les emmène voir un patient (généralement, un patient qu’ils ne connaissent pas) et leur demande de faire un interrogatoire et un examen clinique complet. Pendant qu’ils font ça, le médecin est dans la chambre du patient lui aussi et regarde l’externe faire. Une fois que l’externe juge qu’il a terminé, le médecin et l’externe s’isolent (ici, c’était dans le bureau du médecin en question) et le médecin demande à l’externe de faire un résumé oral de ce qu’il a pu voir pendant l’examen clinique et l’interrogatoire, il lui demande d’expliquer en quelques mots pourquoi le patient est hospitalisé en termes médicaux, l’histoire de la maladie (comment le patient en est arrivé là), ses antécédents, ce qui a déjà été fait, ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas fonctionné, les examens qu’il faudrait prescrire et ce qu’on devrait retrouver, l’état actuel du patient, une hypothèse diagnostique et thérapeutique etc.

L’externe avec qui je restais souvent devait donc faire sa clinique et j’ai demandé au médecin si je pouvais assister à la clinique et elle a accepté, pour que je puisse voir ce qui m’attendrais l’année prochaine, quand je serai moi-même externe. J’ai donc observé mon externe faire son examen clinique, son interrogatoire, puis nous sommes allés dans le bureau du médecin et il a dit ce qu’il avait vu, a fait ses hypothèses diagnostiques et thérapeutiques. Le médecin m’a ensuite posée des questions à moi (oh mon dieu, je stressais…) pour savoir ce que j’avais vu et compris. J’ai expliqué ce que j’avais retenu de cette visite dans la chambre du patient, et j’ai fait moi aussi mon hypothèse diagnostique (qui était la même que celle de l’externe) mais j’avais relevé quelque chose d’important dans ses antécédents que l’externe avait oublié de notifier au médecin (alors qu’il l’avait noté dans son carnet, rien de grave, je pense que le stress de sa première clinique l’a envahi). Le médecin nous a félicité tous les deux, on avait le bon diagnostic, puis a donné une copie d’examen à l’externe qui a du retranscrire à l’écrit ce que l’on venait de dire.

Ce qui est top dans les cliniques, c’est que le médecin est là et nous regarde faire. Dans ce cas précis, elle a relevé toutes les erreurs qui avaient été faites et les oublis. Et elle nous a donné des conseils précieux pour les prochaines cliniques et pour l’exercice de la médecine en général. Bref, pour l’externe ce n’était peut-être pas un super moment, mais moi, j’ai beaucoup aimé assister à ça.

Les 3 autres semaines, deux nouvelles externes sont arrivées dans le secteur froid. Elles étaient super gentilles et intelligentes et on voyait qu’elles aimaient ce qu’elles faisaient. Les premiers jours avec elles, les rôles se sont inversés : c’est nous, D1, qui avons expliqué aux externes comment était organisé le service et qui avons donné quelques infos sur les patients hospitalisés puisque nous les connaissions déjà pour la plupart. Une fois que les externes avaient saisi comment s’organisait le service, elles étaient totalement opérationnelles. Elles ont de suite pris les choses en main en nous incluant à chaque fois à la prise en charge des patients.

Petit à petit, elles m’ont laissé faire seule l’examen clinique aux patients en me « surveillant » pour voir si je n’oubliais rien et si je faisais les choses correctement. Au début, je tremblotais un petit peu, j’avais peur d’oublier plein de choses, d’être nulle. Mais elles m’ont beaucoup rassurée, et au contraire, elles trouvaient que je faisais les choses bien. Ainsi, plus les jours passaient et plus j’étais autonome. J’arrivais à m’occuper toute seule des patients. Je leur faisais l’interrogatoire, l’examen clinique et ensuite j’allais voir l’interne pour lui expliquer ce que j’avais relevé. L’interne notait tout dans l’ordinateur et soit il avait déjà vu le patient alors il confirmait mes dires, soit il irait voir le patient plus tard dans la journée et le lendemain je lui demandais si ce que j’avais dit la veille était correct. Je crois que je ne me suis jamais trompée sur les signes que j’avais relevé. A la fin, j’étais de plus en plus à l’aise avec les patients et la neurologie. Je comprenais tous les termes de cette spécialité (du moins, les termes qui se rapportaient à la neurovasculaire), j’étais au point sur les techniques diagnostiques et thérapeutiques, j’arrivais à voir les AVC hémorragiques et ischémiques sur les imageries… J’ai appris pendant ce stage à remplir les bons d’examens pour les patients donc je le faisais pour décharger les externes. J’ai aussi appris à faire des ECG, j’étais contente de savoir le faire seule.

J’ai assisté à des ponctions lombaires. L’interne nous avait dit que les 4 prochaines seraient pour nous : une pour chaque externe, et une pour chaque D1. On était ravies de se dire qu’on allait essayer de faire une ponction lombaire. Malheureusement, la chance n’était pas avec nous car il n’y a eu que 2 ponctions lombaires et il était normal qu’on les laisse aux externes. Tant pis, ce sera pour l’année prochaine. Nous avions aussi la possibilité de faire des gazométries artérielles (c’est comme une prise de sang, sauf que l’on ponctionne du sang artériel et non pas veineux comme dans la prise de sang, au niveau de l’artère du poignet), mais je ne me sentais pas prête car j’en avais encore jamais vu de ma vie. J’ai donc accompagné l’externe qui était au secteur tiède (coucou Mélanie si tu passes par là) quand elle en faisait. Elle m’a expliqué les bases, comment elle faisait et m’a donné des conseils. Mélanie m’a aussi emmené dans une chambre d’une de ses patientes pour me faire un « cours » sur l’examen clinique et l’interrogatoire du patient, sans se limiter à la neurologie. Elle pensait qu’il était important d’arriver en D2 et de maitriser un minimum l’interrogatoire et l’examen clinique et je suis d’accord avec elle, aujourd’hui je la remercie encore. J’étais ravie, j’ai adoré cette externe très gentille qui prenait son temps pour nous expliquer plein plein plein de choses et je suis d’ailleurs restée en contact avec elle tellement qu’elle est gentille. Elle prend toujours du temps pour répondre à mes questions de stressée « Coucou Mélanie, dis moi, est ce que tu peux me faire une liste des livres qu’on doit acheter pour la D2 stp ??? Je suis perdue » « Coucou Mélanie, tu as pris quoi comme prépa pour l’externat ? Je sais pas quoi faire je comprends pas grand chose ». Nous avons aussi vu des touchers rectaux entre autre. En neurologie, il n’y a pas que des actes neurologiques.
En bref, les externes en D2 ont toujours été absolument géniaux avec moi, heureusement qu’ils étaient là… Merci à eux !

Lors de ce stage, j’ai réussi à faire mon premier diagnostic (via la clinique et les résultats d’examen) : j’ai su reconnaitre une infection pulmonaire chez un patient âgé, ce qui a permis de le mettre sous antibiotiques adaptés et j’étais ravie de voir que chaque jour, il allait un peu mieux. Les médecins n’attendaient pas mon arrivée pour soigner ce patient, si je n’avais pas été là il aurait tout aussi bien été soigné, cependant, j’ai été la première à le déceler car j’allais voir ce patient tous les jours et je voyais bien qu’il se dégradait et c’est en l’auscultant que je me suis rendue compte qu’il y avait un problème. Ça a été une des plus grandes fiertés pour moi lors de ce stage, j’ai osé me faire confiance et faire part de mes suspicions aux médecins.

La conclusion de ce stage : c’était MERVEILLEUX. J’ai énormément progressé tout au long de ce stage et à la fin j’étais complètement autonome. Nous étions considérés comme des externes dans ce service, on faisait la même chose qu’eux au final, parce qu’ils nous avaient appris à le faire. J’avais des étoiles plein les yeux quand je sortais de stage, j’étais impatiente d’y retourner le lendemain pour voir l’évolution des patients et en rencontrer de nouveaux. J’étais ravie d’apprendre plein de choses et d’appliquer les bases théoriques de la médecine aux patients et à leurs antécédents. Ce stage comprenait des petits cours le matin pendant une heure, ce qui permettait d’avoir des rappels rapides de cours faits par des médecins, c’était top. En une heure, on avait revu un voire plusieurs items, et c’était toujours très clair. Je pense que c’est l’un des stages où j’ai le plus appris, qui m’aura été le plus utile, où j’ai été le plus autonome et où j’ai pu gouter aux rôles de l’externe pendant quelques jours. Quand j’y pense aujourd’hui encore, je suis nostalgique parce que c’était vraiment génial et ça a, une fois de plus, confirmé que ma place était bien ici.

La différence entre mon « rôle » en P2 et mon rôle en D1 était fulgurante et c’était bien plus interessant que les stages de P2 déjà parce qu’en D1 nous sommes en stage 3 matinées par semaine au lieu d’une après-midi en P2. Et donc, comme nous sommes là le matin, déjà je trouve qu’il y a plus de choses à faire le matin, tous les actes médicaux y sont faits, et les externes sont là et nous apprennent plein de choses. Le fait d’être là plus souvent permet aussi d’être mieux intégré au service : le personnel soignant et les patients ne se demandent pas à chaque fois qu’ils nous voient « mais c’est qui eux ? » : les patients nous reconnaissent, sont heureux de nous voir, et le personnel soignant nous intègre mieux à l’équipe.

Ce premier stage présageait un bon épanouissement pour moi tout au long de cette D1, j’étais ravie…

2 Replies to “STAGE n°4 : LA NEUROLOGIE”

  1. Hello Mélanie,

    Je voulais te remercier de partager ton aventure en médecine via ton blog que je trouve très agréable à lire.
    J’ai un master 2 en Biothérapies et cette année je vais intégrer la P2 à Toulouse. Je commence à paniquer un peu mais trop hâte de commencer les cours et les stages de P2.

    1. Coucou,

      Merci à toi pour ce si gentil commentaire. Je suis touchée.

      Je te félicite pour ton admission en deuxième année de médecine, c’est une nouvelle aventure qui commence et c’est une très belle aventure. Si tu as des questions n’hésite pas.

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